Elections départementales : dans le flou de l’insaisissable

Le rendez-vous des élections cantonales n’a jamais gros succès, et de les avoir débaptisées ne va sans doute pas arranger leur popularité. Mais pourquoi cette désaffection pour les cantonales depuis déjà un bon quart de siècle ?

Elections départementales. Un nouveau nom finalement assez justifié : car que reste-t-il aujourd’hui de la notion de canton ?

Les cantons n’étaient pas nés d’une simple vue de l’esprit de technocrates jacobins.

Le canton n’est-il pas la plus pure expression du bassin de population ? Son contour doit s’adapter à une certaine logique géographique, guidée par le constat qu’il existe un ensemble de lieux que nous fréquentons usuellement et qui sont notre périmètre de vie pour nos besoins « premiers » de consommation, disons-le ainsi, avec un éloignement programmé selon leur nature, et l’importance et la fréquence de ladite consommation.

J’habite Louveciennes, et nous achetons notre baguette au « village », je vais courir dans le Parc de Marly, notre médecin généraliste est à La Celle-St-Cloud, nous faisons notre marché à Marly-le-Roi, notre fille est en « sport-étude » à Bougival, où notre cordonnier reçoit nos colis, notre fils au lycée à Saint-Germain-en-Laye, notre grande surface préférée est à Montesson, mon garagiste à Versailles, et nous déjeunons parfois au Petit Quinquin à Maule le dimanche… Et de travailler sur Paris ou La Défense, n’y change pas grand-chose.

Qu’on le veuille ou non, un bassin de vie n’est pas une idée floue et insaisissable, qui daterait du temps où notre Île-de-France était composée de hameaux isolés, de villages,  et de bourgs… Il perdure malgré l’évolution des moyens de communication et transports en commun.

On peut aussi penser que depuis longtemps les bassins de population ne sont plus respectés par notre classe dirigeante et nos édiles. M. Pasqua ne s’y était pas moins employé lors du découpage électoral de 1986, en englobant notamment les communes de la colline de Marly-le-Roi – des Montagnards assurément… – et la population de la «Plaine» jusqu’à Houilles – d’aucuns auraient dit le Marais – dans un même et unique canton.

On pourra louer le melting pot, bénéfique à notre monde moderne, mais il ressortait un petit détail : l’heureux député – en l’occurrence Pierre Lequiller, conseiller général de Marly – dut, pendant toutes ces années, pour franchir la Seine, sortir de sa circonscription s’il voulait se rendre, par exemple, de Louveciennes à Chatou : il manque juste un pont pour relier les deux parties de la 4e circonscription… Et voilà qu’un nouveau découpage départemental nous arrive, dessiné par des gens chics dans les hautes sphères, digne produit des arcanes politiques… et qui aurait certainement beaucoup plu en leur temps aux Sans culottes.

Aujourd’hui, en disloquant une nouvelle fois les cantons, les partis politiques ne font que défendre des intérêts électoralistes, sans aucune arrière-pensée politico-économique. Ils adhèrent à un autre clientélisme, dans un climat de concurrence effrénée entre les zones de chalandise, qui ne font que se multiplier et s’entrechoquer pour tirer profits de tous les périmètres de vie à la fois.

Bref, devant ce découpage arbitraire, quel crédit accorder à un élu qui regroupe des populations trop disparates ? En termes de lieu de vie, de préoccupations locales, de points communs dans leurs habitudes, de centre d’intérêts, de déplacements, etc. On trouvera bien entre Bailly et Louveciennes un rapprochement populaire, le jour du 11-Novembre pour honorer la stèle de MM. Le Bourblanc et Blandon, au cœur de la forêt de Marly…

Les conseillers généraux sont des élus de terrain, à l’écoute d’une population cohérente, toujours en demande, et qui attend une réelle écoute de ses préoccupations territoriales quotidiennes, attendant un retour concret en termes d’équipements, de services.

Le conseiller général est un élu proche des habitants. D’une certaine manière, comme disait un très populaire ex-futur candidat à la Présidentielle, «Les Cantonales, c’est pour élire les cantonniers…». Gageons que les élections désormais «Départementales », qui dispersent encore les territoires et morcellent encore et encore les bassins de population, ne motivent pas beaucoup plus les électeurs. On se souvient que Coluche ajoutait : «Moi, je ne vote pas aux cantonales, j’ai pas d’arbres dans ma rue !». Mais faut-il toujours en rire…

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2 commentaires au sujet de “Elections départementales : dans le flou de l’insaisissable

    • Oui, mais cet article est peut-être guidé par la volonté d’aider à une prise de conscience, vis-à-vis d’un découpage électoral trop déroutant, puisque les cantons ne sont plus réellement des cantons, et les circonscriptions qu’ils composent ne sont plus depuis longtemps que de simples dessins arbitraires sur la carte. En manque de représentation territoriale justifiée. Et l’abstention parle en ce sens. Ces propos veulent juste susciter une motivation citoyenne… et l’envie de réagir.

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